Les échos de Philippe #3

Choc de vie, nouvelle vie !


Je voudrais, à l’invitation de Cécile, partager avec vous un peu de mon cheminement de ces deux années de galère mais aussi de lumière et d’alliance.


J’ai le sentiment de cheminer étroitement avec Cécile, et même si la maladie est au centre je constate aussi que ce qui se joue et se tisse autour est assez équilibré et large.


Pour poser les choses, disons que je ne sais pas fondamentalement qui du malade ou de l’accompagnant accompagne le plus l’autre sur son chemin de vie?


Ceci dit, puisque au regard de la maladie, j’ai officiellement le statut d’«accompagnant» je partirai de cette posture dans ces quelques lignes.


Pour commencer, pour moi une chose est certaine depuis mes premiers mots dans ce blog, le choc de vie amène vers une nouvelle vie… Quand la maladie est provocatrice de profonds changements, j’appelle cela « une opportunité ». D’autres parlent de « chance », mais il ne faut pas abuser tout de même !



Ma nouvelle vie est faite d’opportunités : opportunité d’amour, opportunité de re-choisir ma juste place, de découvrir mes limites et de m’ouvrir à plus de spiritualité.


  • L’épreuve de la maladie est une opportunité d’éveiller en moi l’amour.

Le parcours d’accompagnant m’a révélé comme jamais à ma sensibilité d’homme et de mari. Il y a un an j’évoquais mon inquiétude de ne pas tenir dans la durée. L’épreuve des faits a révélé la puissance d’amour potentiel en moi. Ce parcours me creuse en profondeur et je me révèle en faisant le choix de vivre avec force cette sensibilité nouvelle.


Je suis devenu plus écoutant pour Cécile et les enfants. Les bénéfices sont immédiats !


Je construis ma mission d’ «accompagnant bienveillant durable» à partir de mon quotidien apprivoisé sans appréhension. L’ancrage dans le réel et les petits gestes simples de la vie sont essentiels et m’apprennent à trouver la bonne posture de relation bienveillante à Cécile malade.


J’aime suivre son parcours, ce qu’il nous enseigne, je veille, et je constate que je veille bien. C’est essentiel, vital, et complètement instinctif en moi et pourtant, jamais je n’aurais pu imaginer entrer aussi bien dans cette nouvelle mission. Il est impossible d’imaginer un parcours de ce type sans le vivre « tête-cœur-tripe ».


Accompagner c’est poser pas à pas des actes guérisseurs comme par exemple, chercher à ne plus être toxique pour l’autre. Le malade est hypersensible par nature, de plus la chimio détruit ses défenses physiques et psychiques. L’être malade, comme son compagnon de guérison, doivent surveiller leur régime émotionnel. Concrètement, prendre le temps de regarder le positif des situations est pour moi un progrès majeur.


Pour illustrer par une scène de vie de couple : il y a quelques années lorsque Cécile jardinait et qu’elle ne terminait pas son travail de ramassage jusqu'au bout je pouvais me montrer dur et au lieu de la remercier de soigner le jardin, je lui reprochais de laisser traîner des choses. Dans la nouvelle vie, quand je vois la même chose je me dis et j’exprime : « ma femme est en vie! Elle a pu sortir dans le jardin, c'est merveilleux! »

C’est un peu cela l’amour qui s’éveille, s’ouvrir puis s’exposer au monde sensible. C’est une preuve d’amour que de tisser pour l’autre un environnement guérisseur. Mais tout cela demande du temps et bien évidemment, tout n’est pas si simple… oh que non ! Les vieux comportements reviennent vite, trop vite mais à chaque fois je tente d’en prendre conscience.


  • L’épreuve de la maladie de Cécile m’amène à re choisir ma juste place.

Tranche de vie nouvelle qui appelle à rebâtir mes priorités sur mes essentiels. Après l’annonce de la maladie, je me suis organisé pour aller à tous les rendez vous médicaux. Aujourd’hui, dans une deuxième phase, je viens de considérablement alléger mon emploi du temps afin d’être à la fois plus présent à la maison mais aussi avoir l’occasion de prendre suffisamment de recul pour re-choisir, avec justesse, ma vie professionnelle. Dans cette très douloureuse épreuve je suis certain d’avoir pris la bonne décision, une décision cohérente qui fait sens. C’est un acte d’amour pour notre couple. Un ami m’a dit « c’est le meilleur investissement que tu fais sur la vie ».


  • L’épreuve de la maladie est une occasion de me sensibiliser à l’équilibre et la posture de chacun.

J’évoque ici l’équilibre entre ce que je fais pour Cécile et ce que je dois faire pour moi.


Ou, de quelles manières suis-je avec elle et pour elle tout en étant attentif à ce que je vis avec moi-même ?


Si je trouve un sens incroyable à faire tout cela pour elle, je découvre aussi qu’il me faut placer des limites pour me préserver et tenir dans la durée. Fabriquer de la liberté concertée c’est garder ses temps personnels, ses rythmes, ses rites. Dans le cas contraire, la posture d’accompagnant n’est pas tenable sur le long terme et l’on deviendrait toxique pour le malade. Heureusement Cécile comprend cela 5/5 !


L’empathie n’est pas la fusion. D’ailleurs si je peux accompagner Cécile, je ne pourrais jamais faire le chemin de guérison à sa place !


Au fur et à mesure j’apprends dans ses phases de creux à ne pas plonger avec elle et dans les crêtes nous emmagasinons pour les moments plus difficiles.


  • L’épreuve de la maladie réveille ma dimension spirituelle, ma force méditative.

La semaine où j’ai arrêté une de mes activités professionnelles, nous avons vécu un moment fort car j’ai pris le temps de participer avec Cécile à un séminaire, avec un guide hors du commun qu’elle connaît de longue date. C’est un cadeau formidable que ma femme m’a fait en acceptant que j’entre dans son monde de développement personnel et d’apprentissage méditatif.


Depuis, je découvre la force que procure l’ouverture d’une journée dans la méditation, face à une petite bougie. Je prends conscience que méditer, même 5’, c’est me mettre en lien énergétique, ou en prière pour les croyants, avec les gens qui sont dans la même conscience. Parfois, pour moi, dans le silence de la méditation vient la souffrance d’être confronté à mes propres limites.


Cécile est depuis longtemps bien plus en évolution, sensibilité et lien avec le divin. La maladie chez elle décuple cette dimension. C’est essentiel pour nous de partager, d’être en chemin, spirituellement ensemble.



Pour conclure, j’aimerais poser à nouveau ma GRANDE question depuis deux ans : pourquoi naître à une vie nouvelle dans l’urgence ? Pourquoi seuls le grand choc et sa révolution, permettent à l’être humain de faire bouger à ce point les lignes ?


Je suis très admiratif de rencontrer des êtres en transformation profonde sincère et durable, sans choc de vie apparent ou sans brûlure et souffrance. Je pense même que c’est un peu exceptionnel !



Du coup mon invitation et mon appel de Noël, pour ceux que j’aime, est qu’il est urgent d’aimer sans attendre d’être en situation d’urgence !



Bonne méditation…



Amitiés,


Philippe

#EchosdePhilippe #couple

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