Lettre à mon amie Isabelle

Ce soir je pense à toi chère Isabelle, mon amie.

Quand tu as appris ton cancer le jour de tes 46 ans, ton entourage d’abord, mais toi aussi, vous avez vite su qu’il te restait peu de temps à vivre.

A l’époque j’ai tellement admiré ta dignité, ta présence, ton amour, ta douceur, ta simplicité. Comment as tu fait ? Oui, dis moi … comment as tu fait ?

Quand parfois me vient cette idée que peut être, à mon tour, j’aurais à dire au revoir à ceux que j’aime plus vite que prévu… je suis si triste.

Je mesure combien c’est différent de savoir qu’un jour on va mourir et de le conscientiser physiquement quand la fatigue est grande.

Oh comme je comprends mieux maintenant ceux qui font … comme si ils allaient guérir… Ceux qui s’activent le plus possible pour ne pas penser, ceux qui se soignent à tout craint pour ne pas sentir que c’est inutile, ceux qui se murent dans le silence, ceux qui coupent l’amour afin d’avoir moins mal…

Toi, mon amie, tu as tellement assumé. Grande dame as tu été ! Tu me disais : j’aimerais bien être là à tel mariage… au passage de classe de ma petite dernière… à la réunion de famille de… c’était ta façon de nous dire, je sais que je ne pourrai pas tout vivre. Tu parlais des évènements mais pas de nous. Cela c’était trop difficile, mais tu glissais de ci de là des indices que tu avais bien compris, que tu avais pris le chemin d’être en Paix.

Je ne sais ce que tu as posé dans le cœur de chacun de tes enfants tant aimés, mais tu as posé dans le mien des mots de douceur.

La dernière fois que je t’ai vue, tu as pris à pleine main mon visage, tu as planté tes yeux dans les miens et au delà des mots mon corps a imprimé ton affection. Tu ne me disais pas Adieu, tu me disais : Vis !

Tu ne pensais pas : je ne te verrai plus… tu me donnais ton souffle de vie, celui que tu lâchais pour rejoindre la Lumière Divine.

Tu as pensé à ma vie et pas à la tienne.

Tu t’es éteinte au milieu des tiens, ton mari, tes enfants… tu as lâché la corde avant que la souffrance, ta souffrance, imprègne dans nos mémoires le mot « calvaire ».

Merci Isabelle, j’espère que le jour où ce sera mon tour je saurai suivre ton exemple.

Ce mois-ci j’ai fêté mon anniversaire, 53 ans selon le calendrier. En moi même j’ai eu la sensation d’avoir un an. Oui, j’ai gagné un an de vie et j’ai la vie devant moi. J’apprends à vivre le jour le jour tout en ayant de multiples projets ! La gymnastique de la vie pour moi mais aussi pour mon environnement qui accepte gentiment cette donnée.

Tant que ce cancer en moi n’aura pas commencé vraiment à dormir, tant que je ne l’aurai pas apprivoisé complètement, cette nouvelle tranche de vie qui accueille l’imprévu heureux ou frustrant, inquiétant ou exaltant… je traverserai des zones d’ombres angoissantes.

Depuis le début de cette maladie, j'arrive à ne pas prendre d'antidépresseur car j’ai foi que mon être ira mieux si j’accepte de vivre les cycles de la nature. Aimer l’hiver comme l’été…

Mais vous le savez, quand je plonge dans la déprime j’appelle à l’aide... de la même manière que quand je savoure la vie je partage cette joie.

C’est grâce aux cycles que la vie est possible.

Cécile

#Lettreà

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