• Cécile

Cécile en juin 2012 #8

"A chacun, A tous, Grâce à vous, je prends chaque mois le temps de ressentir mon "bilan du mois". Grâce à vous, je pose sur le papier les plus et les moins de ma vie actuelle. Grâce à vous, je vis plus qu'avant. De plus, comme vous attendez mes lignes, ces mots du coeur, je reste vivante et en relation. Merci. Voici donc mes petits pas du mois de juin. Bonne lecture. Comme je vous le dis dans ma lettre, je vous souhaite un bel été. Et puisque nous profitons souvent de l'été pour vivre différemment, je vous souhaite d'agréables surprises ! Comme... se surprendre soi même. Nous sommes tellement plus que ce que nous croyons... :-) Avec toute ma tendresse, Cécile"




Voilà quelques jours que ma lettre tourne dans ma tête avec les questions : « comment ai-je vécu ce mois de juin ? Qu’ai-je envie et capacité, de partager avec vous…? »


Je pourrais vous décrire ma main qui dessine et ce faisant, laisse parler mon corps et mon âme. Cet art-thérapie lâche du lest à mon mental. Il me raconte ma vie autrement. Il me donne de nouvelles clés pour transformer le mal qui s’est lové en moi et les peurs qui m’encombrent. Par exemple, après quelques minutes où je fais le vide, mon pinceau inscrit sur la feuille blanche de multiples couleurs, dans tous les sens, inspire, expire, je laisse aller. Plus tard je prends un peu de recul, d’un peu plus loin que la distance du pinceau, je regarde cette feuille devenue habitée de mes « pulsions ». Je découvre -comme lorsqu’on joue à trouver des représentations dans les nuages- un arbre plein d’énergie de vie, une masse (le cancer ?) brulée au feu qui vient de la terre et va vers Le Ciel… Oui, après chaque séance, je m’émerveille de me découvrir d’autres possibles pour visualiser ma guérison. Ma main est alors celle qui m’indique comment me détendre et espérer. Elle me soigne autant (?) que celle qui prend des cachets de chimiothérapie. J’écoute mon silence de mots devenu langage intuitif. Qu’il colore de sombre ou de lumière ma feuille, il me propose un chemin de soin. Merci à Laurence, mon art-thérapeute.


J’ai aussi imaginé vous raconter mes pieds nus dans l’herbe. Tous les matins, je marche doucement, savoure de ressentir mes pieds qui se décongestionnent de la nuit. Je respire large, au delà de mon (petit) corps et… je regarde les fleurs, les arbres. Mon grand plaisir est d’arracher le lierre qui enlace nos arbres. A chaque fois je lui dis : « mais laisse donc respirer ce beau tronc ! Tu es comme mon cancer, tu n’as pas à prendre racine ici, laisse cet arbre grandir, vivre… allez ouste le cancer, mon cancer (ouf, cela fait du bien de sortir sa colère). Et toi l’arbre… Gratitude, je m’émerveille de ta force, j’y puise des ressources ! »


Peut-être riez vous à me lire, et c’est tant mieux, mais tentez l’expérience quand vous n’êtes pas en forme, allez observer, pleurer ou rire avec la nature, elle nous donne d’excellents conseils !


Vous l’avez tous compris, depuis le début je multiplie toutes les petites sources de soins. Et heureusement, car ce mois-ci, côté médecine classique, ce fut le stress et j’aurais pu perdre moral, confiance, foi et kilos !


En effet, si mes plaquettes ont fini par remonter, mes globules blancs jouent le yo-yo, version : nous sommes partis en congés, trop fracassés par la chimio. Cependant, être si longtemps absents ce n’est pas rassurant et ma doc, consciencieuse et très professionnelle, a cherché pourquoi… et c’est là que les angoisses ont toutes les opportunités pour trouver un espace pour me, nous pourrir la vie ! Il y a eu l’hypothèse d’une maladie génétique, manque d’enzymes pour digérer la chimio… 15 jours d’attente de résultats, ouf, pas de cela en moi, alors quoi ? Autre hypothèse : un cancer répandu dans la moelle osseuse ? Pronostic nettement moins réjouissant… 5 très longs jours d’attente, ouf, pas de cela en moi. A chaque moment de petite panique, je me disais : « Cécile tu es à l’école du lâcher-prise… ton inquiétude ne changera pas le diagnostic par contre elle va te pourrir la vie, lâche… lâche… » Et j’ai beaucoup appris. Vous avez failli recevoir une lettre proposant une différence entre abandon et lâcher prise, ce sera peut-être pour une prochaine fois ! A ce jour, et donc depuis le mois de mai, nous attendons toujours, pas toujours avec patience, que mes globules blancs reviennent.


Venons-en au plus émouvant à partager.


Merveille! Bien que je n’ai pas de chimio, je vais bien et je suis donc sortie parfois, de ma grotte. Après un tel hiver, un tel parcours, que c’est émouvant de vous retrouver. Je vibre à chaque fois de la chance que j’ai de pouvoir vous toucher, vous regarder, vous parler, vous écouter, échanger. Mais à l’instant de chacune de ces joies, s’inscrit encore en moi la conscience vive de notre finitude. Ce n’est pas encore très confortable comme sensation. Heureusement, vous m’aidez car souvent je vois aussi dans vos yeux votre émotion, la même que la mienne. Qu’il est bon de se serrer dans les bras. Suis-je devenue plus sensible à la rencontre ? Si c’est oui, c’est une bonne nouvelle.


Nous le savons tous, et vous l’avez probablement déjà vécu, il est compliqué de retrouver le monde extérieur après une grande douleur. Nous croyons être stigmatisés par cette souffrance. C’est le premier pas qui est le plus difficile, alors… quand on se revoit, ne vous inquiétez pas si à un moment ou à un autre, de quelque façon que ce soit, je m’échappe. C’est juste que je suis surprise et heureuse d’être en Vie et d’un coup je vibre d’émotion difficile à contenir. Je mesure combien vous êtes important, voir vital, dans mon chemin de soin.


En fait, j’aime à vous retrouver petit à petit, en petit nombre… alors la rencontre est douce et la joie immense. Je vous savoure, on se raconte, on se réjouit, gratitude !


Je suis beaucoup moins douée qu’avant pour vous cacher ma sensibilité.


« C’est bête à dire, mais la vie veut vivre. A tout prix » Pierre Marie Hoog.


Avec toute ma tendresse et mon merci.

Bel été à chacun, chacune, osons puis savourons le vide qui laisse à la respiration du renouveau. Temps de vacance.


Cécile


PS ce mois-ci j’ai eu, à plusieurs reprises, l’occasion d’allumer des petites bougies dans des lieux saints. Quel beau geste. Merci de l’avoir fait, tant de fois, pour moi…


Soyez assurés... « ça marche » !

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