• Cécile

Cécile en Mai 2012 #7

"Fenêtres grandes ouvertes vers mon jardin, je pense à vous.


Chaque mois, à vous écrire ainsi ma traversée, il me semble que nous la vivons ensemble.

Vous êtes souvent avec moi.

Alors, de nouveau, Merci.

Merci de m'avoir donné envie de ne pas rester bloquée à cette phase, néanmoins utile, de "silence d'avril".

Merci d'être, de quelques façons que ce soit, des stimulateurs de Vie.


Recevez toute mon affection,

Cécile


PS : Je sais que certains d'entre vous, à toutes fins utiles, font suivre ma "pétition" ... soyez en remerciés.

C'est une grande marque de reconnaissance et d'amitié, que vous me faites. "





"L’espérance. On en parle (on m’en parle) comme d’une façon pieuse de rêver à l’avenir. Ce serait plutôt une certaine manière, croyante et humble, de gérer le présent. Non pas comme un espace manquant dont on attend que demain le comble. Pourquoi le ferait-il ? La suite des demains est illimitée ! Espérer, c’est recevoir et conduire ce qui est là comme quelque chose de vivant, d’ouvert : un maintenant qui devient. Une grossesse…" Pierre Marie Hoog




Ce mois-ci, je ne sais pas précisément quel âge j’ai, j’ai seulement conscience d’en avoir plusieurs.


Physiquement, bonne nouvelle, le plus souvent je me sens mieux. Je suis plus alerte, j’ai plus d’énergie, plus de cheveux, plus de kg, une bonne digestion, je ne vais pas à la clinique pour mes cures puisqu’elles se prennent par cachets, je me couche plus tard.


J’ai toujours une petite tête de « lapin fripé » mais ceux, qui ne me connaissent pas, peuvent hésiter sur mon statut… malade ou pas malade…?


D’ailleurs, là est la question.

Je me vis telle une funambule sur son fil. La perche que je tiens entre les mains porte d’un côté la sensation du : je ne suis plus vraiment malade puisque je vis tellement mieux qu’avant, d’ailleurs mon environnement proche semble parfois oublier que je suis en traitement d’un cancer.


Et de l’autre côté, cette perche me dit : je suis en cure de chimiothérapie, mes globules blancs et plaquettes, fracassés par la chimio, remontent mal la pente, je fatigue vite, je ne mange pas de tout, mes cheveux ont seulement 2cm, j’ai parfois peur de l’avenir, je me sens souvent perdue et différente… bref, je suis malade.


Alors, ce mois de mai je me sens déchirée. Le mot peut vous paraître fort et pourtant il est ajusté. Imaginez une feuille de papier déchirée en 2… pendant un long moment j’ai eu mal de cette déchirure, une sorte de panique mais où suis-je ? à droite, à gauche ?


Jusqu’au moment où j’ai pris conscience que la déchirure permet un nouvel espace, une faille. On n’ajoute rien à ce qui est bétonné, rien à ce qui reste entier. Il est nécessaire que la coquille se brise pour qu’une nouvelle forme apparaisse. C’est grâce à la faille que le Souffle de vie va pouvoir œuvrer pour créer, avec moi, une nouvelle constitution.


Point besoin d’être malade pour se sentir sur un fil de funambule ou déchiré… Et c’est là que je rajeunis en âge car je m’identifie à tous ces jeunes qui, le mois de mai venant, doivent décider de leur avenir… si difficile à imaginer quand, au présent, on ne sait plus qui on est. Mais je tiens aussi la main des chômeurs ou de jeunes retraités qui se disent : quel va être mon avenir ? Comment le construire ? Qui suis-je ?


Dans tous les cas, si autour de moi, pour moi, la Confiance règne et si je suis entourée de Lumière, alors j’ai une possibilité de me transformer.


Je suis aussi en lien avec tous ceux qui ne veulent pas regarder leurs « bobos », qui disent : ce n’est rien, mon voisin, ma voisine vit tellement plus grave que moi… même si c’est souvent vrai, notre corps nous lance quand même des messages… « prends soin de moi, tu es le monastère de mon âme… » écoutons le.


Ce joli mois de mai n’est pas « confortable ». Puisque mon quotidien balance parfois dans la déchirure de droite, parfois dans celle de gauche. Heureusement, ces jours-ci, j’ai appris que la réponse est dans ce que je vais oser laisser transformer en moi grâce au nouvel espace ainsi récupéré.


Je poursuis le chant, l’art thérapie, le magnétisme, la lecture, la marche pieds nus dans l’herbe, la réflexion avec des copines en quête d’évolution, la gratitude pour cet air qui entre et sort de moi…


Gratitude car je supporte mieux le changement de protocole même si ma ligne sanguine, encore une fois, est flemmarde à remonter. Surprenante, ma cancérologue a semblé se rendre à l’évidence, je ne rentre pas dans la case d’un protocole classique… à mon inquiétude elle m’a répondu : tout cela prouve que vous êtes réactive à la chimio, laissons du temps à votre corps pour récupérer… le ton de sa voix m’a donné confiance… alors je lui ai répondu très spontanément : je continue donc à prier... elle a ri et je me suis sentie nouvellement libre de me dire.


Ce mois de juin, je crois qu’il serait doux que j’apprenne à vibrer plus souvent de Gratitude. Je connais cette émotion, maintenant, laissons là vibrer. En effet, au milieu de tout ce que je vis, il y a tellement d’instants vivants !


Je vous propose de continuer, avec moi, ce chemin de conscience de la Gratitude. Il est probable que ceux qui sont dans la nuit, recevront notre douce Joie.


Je vous embrasse et souris de Gratitude de vous connaître.


Cécile


Ps : Au moment où je vous envoie cette lettre, mes globules blancs sont descendues à 650 et les plaquettes sont au plus bas (20m) entraînant avec elles mon moral. Je suis «au tapis»… au lit ! Qu’il est difficile de décoller le physique du psychique ! Encore un chemin d’apprentissage si je veux vivre plus libre.

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